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  • Photo du rédacteurStéphane Lacroix

Des signaux au rouge pour les syndicats

Le congrès du Parti conservateur (PC) a pris fin samedi dernier à Québec. Son thème, qui misait sur le gros bon sens, n’était pas innocent. Tout au long du congrès, Pierre Poilièvre, le chef du PC, a répété vouloir défendre les intérêts et améliorer le sort des gens ordinaires, comme les cols bleus, les camionneurs, les familles monoparentales et les agriculteurs.


En fait, le chef conservateur sait que le plus récent sondage Angus-Reid sur la perception des Canadiens et des Canadiennes à l’égard des syndicats indique qu’une partie de leurs membres pourraient se laisser tenter de voter pour lui.

Dans ce sondage, on remarque que près d’une personne syndiquée sur deux favorise le NPD, mais que le tiers de celles qui œuvrent dans le secteur privé voteraient tout de même pour le Parti conservateur.


Il n’y a rien d’étonnant à ce constat : au fil du temps, des sondages effectués par des centrales et leurs syndicats affiliés indiquaient que leurs membres ne formaient pas un bloc monolithique qui votait uniquement pour des partis plus au centre ou à gauche. Tous les horizons politiques cohabitent dans les syndicats. Mais pour dire les choses franchement, l’engouement de leurs membres pour le NPD ne s’est pas réellement matérialisé lors des dernières élections fédérales puisque le parti de Jagmeet Singh n’a récolté que 18 % des voix auprès de la population en général. On peut donc conclure sans risque de se tromper que ce sont les partis conservateur et libéral qui se battront pour gagner la faveur de ces travailleuses et travailleurs aux prochaines élections. Ce qui explique que le PC doit faire les yeux doux aux personnes syndiquées du secteur privé; elles pourraient faire pencher la balance de son côté!


Ne pas revivre le cauchemar Stephen Harper


Les directions syndicales canadiennes surveillent de très près les intentions de vote de la population en général et de leurs membres en particulier pour une raison très simple : elles ne veulent pas revivre le cauchemar que Stephen Harper leur a fait vivre. On se souviendra que le gouvernement conservateur avait alors mis en place la loi C-525, qui obligeait les syndicats à tenir des votes secrets lorsque des travailleurs et des travailleuses voulaient former un nouveau syndicat, et la loi C-377, qui les contraignait à divulguer certains renseignements financiers, notamment toutes les dépenses supérieures à 5000 $. C’est l’élection d’un gouvernement libéral majoritaire en 2015 qui aura fait disparaître les menaces que représentaient C-525 et C-377, puisque le premier ministre Justin Trudeau avait promis de les abroger.


Plusieurs personnes à gauche sur l’échiquier politique pensent que le politicien fransaskois sera un adversaire encore plus féroce pour les syndicats que Stephen Harper ne l’était. On s’inquiète déjà d’une éventuelle abolition de la formule Rand qui viendrait affaiblir considérablement les centrales et leurs syndicats affiliés. Rappelons que la formule Rand est une obligation légale en vertu de laquelle un employeur doit percevoir directement sur la paye des membres les cotisations et les remettre au syndicat. Il s’agit du pilier sur lequel les syndicats s’appuient pour financer leurs activités et défendre leurs membres.

Il est donc à prévoir que les syndicats remueront ciel et terre afin d’informer et de mobiliser leurs membres, le but étant d’éviter coûte que coûte l’élection d’un gouvernement conservateur qui pourrait leur être hostile. Autre source d’inquiétude : un récent sondage Léger indique que quatre personnes sur dix envisageaient de voter pour le Parti conservateur.


Les syndicats doivent aussi faire face à une difficulté supplémentaire puisque, outre les gouvernements de la Colombie-Britannique et de Terre-Neuve-et-Labrador, toutes les autres provinces sont gérées par des partis politiques qui sont identifiés à la droite.


On peut donc prévoir un alignement des planètes qui favoriserait des mesures législatives néfastes pour les syndicats, tant sur la scène provinciale que fédérale.


On verra à l’issue des prochaines élections de quel côté l’aiguille idéologique des Canadiens et Canadiennes aura bougé, mais une chose est certaine : les syndicats voient de nombreux signaux rouges sur leurs tableaux de bord et cela est très inquiétant.


Stéphane Lacroix est expert-conseil chez Lacroix relations publiques


Image : Karol D


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