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  • Photo du rédacteurStéphane Lacroix

La poudre de perlimpinpin et la loi anti-scab

En apparence, les syndicats ont remporté une belle victoire en incitant le gouvernement fédéral à mettre en place une loi anti-scab qui était attendue depuis des décennies par le mouvement ouvrier.


Mais en y regardant de plus près, on a du mal à se convaincre que ce projet de loi ne relève pas du clientélisme puisque les libéraux trainent de la patte dans les sondages, pendant que les conservateurs tentent de faire le plein de votes du côté de ce qu’on appelle communément les cols bleus. Un sondage Angus-Reid indique d’ailleurs que le tiers des travailleuses et des travailleurs syndiqués du privé voteraient pour le Parti conservateur.

On comprend donc que Justin Trudeau et ses troupes tentent « subtilement » de courtiser les salariés qui œuvrent dans les entreprises de juridiction fédérale, notamment les institutions financières, les télécommunications, la radiodiffusion, le transport maritime, le transport aérien, le transport interprovincial et international. Mais il ne faut pas perdre de vue qu’à part le transport ferroviaire où d’innombrables grèves et lockouts de courte durée ont éclaté au cours des dernières décennies, les conflits de travail sont plutôt rares dans les autres industries visées par cette loi.


Soyons beau joueur et reconnaissons que cette éventuelle loi fédérale ratisse plus large que celle qui a été adoptée au Québec il y a quelques décennies. Cette dernière étant une véritable passoire puisque le patronat l’a contournée de mille et une manières. À ce sujet, on se souviendra de l’interminable lockout de 25 mois au Journal de Montréal pendant lequel le quotidien à continué à être publié sans que ses dirigeants ne soient importunés.


Dans son texte, le ministre O’Regan a prévu des clauses qui visent le télétravail, contrairement à l’obsolète loi provinciale du Québec, mais elles ne sont pas applicables pour les camionneurs ou les cheminots qui, on le sait, doivent prendre place à bord de leurs camions et locomotives pour travailler.


En scrutant de plus près, on constate que le projet de loi est assorti de mille et une conditions, notamment d’un délai de 18 mois avant sa mise en place pour assurer la formation des gens du Conseil canadien des relations industrielles (le CCRI) afin qu’ils puissent l’appliquer correctement. Également, la loi prévoit le maintien de certaines activités, même durant un conflit de travail, pour des raisons de santé et de sécurité. Cela vient donc réduire la force de frappe d’une grève.

Cela dit, les PDG des entreprises canadiennes peuvent dormir en paix : ce n’est pas demain la veille que celles et ceux qui y seront assujettis verront les syndicats avoir un avantage indu lors des négociations. J’aurais d’ailleurs envie d’ironiser en risquant que Karl Blackburn, le PDG du Conseil du patronat du Québec (CPQ), a sûrement enfilé une vieille chemise avant de la déchirer en public; le leader patronal sait très bien à quel point ce projet de loi n’est pas dangereux.


D’autant plus que les prochaines élections fédérales approchent à grands pas et que l’élection d’un gouvernement conservateur majoritaire pourrait faire tourner le vent pour les organisations syndicales.


Celles-ci n’ont d’ailleurs pas oublié que le gouvernement Harper avait mis en place la loi C-525, qui obligeait les syndicats à tenir des votes secrets lorsque des travailleurs et des travailleuses voulaient former un nouveau syndicat, et la loi C-377, qui les contraignait à divulguer certains renseignements financiers, notamment toutes les dépenses supérieures à 5000 $. Ces lois avaient finalement été abrogées par le gouvernement de Justin Trudeau. Assisterons-nous à un retour du balancier en 2025?


Avec un taux de syndicalisation d’à peine 30 % pour l’ensemble des salariés canadiens — et d’un maigre 14 % dans le secteur privé — les travailleuses et les travailleurs auraient bien plus besoin de lois du travail modernisées au fédéral et dans les provinces que d’une loi anti-briseur de grève qui profite à un très petit nombre.


Mais rénover le Code du travail est une entreprise autrement plus difficile que de jeter de la poudre de perlimpinpin aux yeux des gens sur le marché du travail, qu’ils soient syndiqués ou non.



L’auteur a été syndicaliste 22 ans et œuvre désormais en gestion de crise et en stratégie chez Lacroix relations publiques


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